Photos de Josiane

lundi 19 juin

REFLETS



Sous l’eau du songe qui s’élève,
Mon âme a peur, mon âme a peur !
Et la lune luit dans mon cœur, 
Plongé dans les sources du rêve.

Sous l’ennui morne des roseaux,
Seuls les reflets profonds des choses,
Des lys, des palmes et des roses,
Pleurent encore au fond des eaux.

Les fleurs s’effeuillent une à une
Sur le reflet du firmament,
Pour descendre éternellement
Dans l’eau du songe et dans la lune.

(Maurice Maeterlinck, Serres chaudes, 1889)

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samedi 17 juin

LA MAREE MONTANTE

Rythme des vagues

J’étais assis devant la mer sur le galet.
Sous un ciel clair, les flots d’un azur violet,
Après s’être gonflés en accourant du large,
Comme un homme accablé d’un fardeau s’en décharge,
Se brisaient devant moi, rythmés et successifs.
J’observais ces paquets de mer lourds et massifs
Qui marquaient d’un hourra leurs chutes régulières
Et puis se retiraient en râlant sur les pierres.
Et ce bruit m’enivrait; et, pour écouter mieux,
Je me voilai la face et je fermai les yeux.
Alors, en entendant les lames sur la grève
Bouillonner et courir, et toujours, et sans trêve
S’écrouler en faisant ce fracas cadencé,
Moi, l’humble observateur du rythme, j’ai pensé
Qu’il doit être en effet une chose sacrée,
Puisque Celui qui sait, qui commande et qui crée,

N’a tiré du néant ces moyens musicaux,
Ces falaises aux rocs creusés pour les échos,
Ces sonores cailloux, ces stridents coquillages
Incessamment heurtés et roulés sur les plages
Par la vague, pendant tant de milliers d’hivers,
Que pour que l’Océan nous récitât des vers.

François CoppéeLe Cahier Rouge

 

 

 

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mardi 13 juin

LES PONTS

 Le vieux pont

 Auguste Angellier (1848-1911)

Recueil : Le chemin des saisons (1903).

Sur le vieux pont verdi de mousse, 
Et tout rongé de lichens roux, 
Deux amants parlaient à voix douce : 
Et c'était nous !

Lui, penché tendrement vers elle, 
Lui disait l'amour et la foi 
Qu'il portait en son cœur fidèle ; 
Et c'était moi !

Elle semblait, pâle, incertaine, 
Tremblante et pourtant sans effroi, 
Écouter une voix lointaine ; 
Et c'était toi !

Sur le vieux pont toujours le même, 
Deux amants ont pris rendez-vous : 
Il lui dit, elle croit, qu'il l'aime ; 
Ce n'est plus nous !

Auguste Angellier.

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vendredi 09 juin

CASCADES ET RUISSEAUX

La Cascade

Robert DESNOS
Recueil : "Contrée"

Quelle flèche a percé le ciel et le rocher ?
Elle vibre. Elle étale, ainsi qu’un paon, sa queue
Ou, comme la comète à minuit vient nicher,
Le brouillard de sa tige et ses pennes sans nœuds.

Que surgisse le sang de la chair entr’ouverte,
Lèvres taisant déjà le murmure et le cri,
Un doigt posé suspend le temps et déconcerte
Le témoin dans les yeux duquel le fait s’inscrit.

Silence ? nous savons pourtant les mots de passe,
Sentinelles perdues loin des feux de bivouac
Nous sentirons monter dans les ténèbres basses
L’odeur du chèvrefeuille et celle du ressac.

Qu’enfin l’aube jaillisse à travers tes abîmes,
Distance, et rayon dessine sur les eaux,
Présage du retour de l’archer et des hymnes,
Un arc-en-ciel et son carquois plein de roseaux.

 

 

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mardi 06 juin

DES FLEURS

A une fleur

Que me veux-tu, chère fleurette,
Aimable et charmant souvenir ?
Demi-morte et demi-coquette,
Jusqu’à moi qui te fait venir ?

Sous ce cachet enveloppée,
Tu viens de faire un long chemin.
Qu’as-tu vu ? que t’a dit la main
Qui sur le buisson t’a coupée ?

N’es-tu qu’une herbe desséchée
Qui vient achever de mourir ?
Ou ton sein, prêt à refleurir,
Renferme-t-il une pensée ?

Ta fleur, hélas ! a la blancheur
De la désolante innocence ;
Mais de la craintive espérance
Ta feuille porte la couleur.

As-tu pour moi quelque message ?
Tu peux parler, je suis discret.
Ta verdure est-elle un secret ?
Ton parfum est-il un langage ?

S’il en est ainsi, parle bas,
Mystérieuse messagère ;
S’il n’en est rien, ne réponds pas ;
Dors sur mon coeur, fraîche et légère.

Je connais trop bien cette main,
Pleine de grâce et de caprice,
Qui d’un brin de fil souple et fin
A noué ton pâle calice.

Cette main-là, petite fleur,
Ni Phidias ni Praxitèle
N’en auraient pu trouver la soeur
Qu’en prenant Vénus pour modèle.

Elle est blanche, elle est douce et belle,
Franche, dit-on, et plus encor ;
A qui saurait s’emparer d’elle
Elle peut ouvrir un trésor.

Mais elle est sage, elle est sévère ;
Quelque mal pourrait m’arriver.
Fleurette, craignons sa colère.
Ne dis rien, laisse-moi rêver.

Alfred de MussetPoésies nouvelles

 

 

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vendredi 02 juin

DES POTTOKS

Le cheval

Et le cheval longea ma page.
Il était seul, sans cavalier,
Mais je venais de dessiner
Une mer immense et sa plage.
Comment aurais-je pu savoir
D'où il venait, où il allait ?
Il était grand, il était noir,
Il ombrait ce que j'écrivais.

J'aurais pourtant dû deviner
Qu'il ne fallait pas l'appeler.
Il tourna lentement la tête
Et, comme s'il avait eu peur
Que je lise en son coeur de bête,
Il redevint simple blancheur.

Maurice Carême

 

 

 

 

 

 

J'ai fait cette vidéo en 2009. Je vous la remets car ce son des petits cheveaux Basques et pour l'instant je n'ai pas beaucoup de photos à partager

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dimanche 28 mai

BONNE ¨FETE A TOUTES LES MAMANS

Pour ma mère.

Recueil : Ma mère (1935)

Il y a plus de fleurs 
Pour ma mère, en mon cœur, 
Que dans tous les vergers ;

Plus de merles rieurs 
Pour ma mère, en mon cœur, 
Que dans le monde entier ;

Et bien plus de baisers 
Pour ma mère, en mon cœur, 
Qu'on en pourrait donner.


Maurice Carême.
(1899 - 1978)

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samedi 27 mai

L'EGLISE D'AINHOA

L'église

Simone, je veux bien. Les bruits du soir
Sont doux comme un cantique chanté par des enfants.
L'église obscure ressemble à un vieux manoir ;
Les roses ont une odeur grave d'amour et d'encens.

Je veux bien, nous irons lentement et bien sages, 
Salués par les gens qui reviennent des foins ;
J'ouvrirai la barrière d'avance à ton passage, 
Et le chien nous suivra longtemps d'un œil chagrin.

Pendant que tu prieras, je songerai aux hommes
Qui ont bâti ces murailles, le clocher, la tour, 
La lourde nef pareille à une bête de somme
Chargée du poids de nos péchés de tous les jours ;

Aux hommes qui ont taillé les pierres du portail
Et qui ont mis sous le porche un grand bénitier ;
Aux hommes qui ont peint des rois sur le vitrail
Et un petit enfant qui dort chez un fermier.

Je songerai aux hommes qui ont forgé la croix, 
Le coq, les gonds et les ferrures de la porte ;
À ceux qui ont sculpté la belle sainte en bois
Qui est représentée les mains jointes et morte.

Je songerai à ceux qui ont fondu le bronze
Des cloches où l'on jetait un petit agneau d'or, 
A ceux qui ont creusé, en l'an mil deux cent onze, 
Le caveau où repose saint Roch, comme un trésor ;

À ceux qui ont tissé la tunique de lin
Pendue sous un rideau à gauche de l'autel ;
À ceux qui ont chanté au livre du lutrin ;
À ceux qui ont doré les fermoirs du missel.

Je songerai aux mains qui ont touché l'hostie, 
Aux mains qui ont béni et qui ont baptisé ;
Je songerai aux bagues, aux cierges, aux agonies ;
Je songerai aux yeux des femmes qui ont pleuré.

Je songerai aussi aux morts du cimetière, 
A ceux qui ne sont plus que de l'herbe et des fleurs, 
À ceux dont les noms se lisent encore sur les pierres, 
À la croix qui les garde jusqu'à la dernière heure.

Quand nous reviendrons, Simone, il sera nuit close ;
Nous aurons l'air de fantômes sous les sapins, 
Nous penserons à Dieu, à nous, à bien des choses, 
Au chien qui nous attend, aux roses du jardin.

Remy de Gourmont (poème dédié à Francis Jammes), Simone, 1897.

 

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jeudi 25 mai

AINHOA

Mon village

    

Quelques vieux toits moussus composent mon village

Vers lequel conduit seul un dur chemin pierreux

S'il faut vivre caché pour vivre un jour heureux

Il a tout ce qu'il faut pour satisfaire un sage --

 

Il repose à l'abri de ses grands peupliers

Où la brise d'été lentement passe et chante --

Un frais ruisseau murmure à l'entour de leurs pieds

Et sous les aulnes verts tout doucement serpente.

 

Ne cherchez pas son nom sur les cartes routières

Si vous passez un jour sur la grand'route proche

Dédaignez son chemin et ses rudes ornières

Il n'est beau que pour moi mon village de Roche.

 

C'est là que j'ai vécu les jours de mon enfance --

C'est là que j'ai rêvé quand j'étais jeune encor --

C'est là que j'ai caché ma première souffrance

Mes souvenirs d'enfant sont tous dans son décor !

 

Septembre  1932  

 

 

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mercredi 24 mai

L'ANCIEN QUARTIER A SAINT PALAIS

Le vieux quartier

Nombre de citadins se sont émus d’apprendre
Qu’allait être détruit et réhabilité
Le pôle industriel que l’on peut voir s’étendre
Par derrière la gare et ses commodités.

C’est un secteur désert formant un paysage
De voies ferrées rouillées, de poutres en jonchets,
De silos décrépits, d’entrepôts d’un autre age,
Mais qui possède aux yeux de certains du cachet.

Des hectares nombreux de terres maraîchères
Ont été sacrifiées lors de sa création,
De vertes étendues qui devaient être chères
Aux nostalgiques de cette génération.

Est-ce que dans cent ans, quand on voudra détruire
Le complexe futur en verre et en acier,
Des voix s’élèveront, faisant clamer leur ire
Afin de protéger le site disgracié ?

Sans aucun doute tant nous sommes opiniâtres
A nous lier aux lieux qui nous ont vus grandir
Et puisque ce décor servira de théâtre
Aux jeux et à la vie d’amants en devenir.

 

Renaud BOSC

 

 

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lundi 22 mai

VILLAGE DE SAINT PALAIS

PETIT VILLAGE  

Petit village au bord des bois,

Petit village au bord des plaines,

Parmi les pommiers, non loin des grands chênes,

Lorsque j'aperçois

Le coq et la croix

De ton clocher d'ardoises grises,

De ton clocher fin,

A travers ormes et sapins,

D'étranges musiques me grisent ;

Je vois des yeux dans le soir étoilé :

Là je suis né...

 

Petit village au bord des champs,

Petit village entre les haies,

Tour à tour paré de fleurs et de baies,

Lorsque les doux chants

De ton frais printemps,

Quand l'odeur de tes violettes,

De tes blancs muguets

Pénètrent mon cœur inquiet,

J'oublie et tumulte et tempêtes ;

J'entends des voix dans le soir parfumé :

Là j'ai aimé...

 

Petit village aux courtils verts,

Petit village de silence,

Où la cloche sonne un vieil air de France,

J'aime les éclairs

De tes cieux couverts,

Ton soleil fin entre les arbres,

Les feux de tes nuits,

L'oeil fixe et profond de tes puits,

Ton doux cimetière sans marbres,

Plein d'oiseaux fous et luisant comme pré :

Là je viendrai...

 

Philéas Lebesgue

 

 

 

 

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samedi 20 mai

ARC EN CIEL

Recette pour faire un arc-en-ciel 

 

Pour faire un très bel arc-en-ciel
il faut un arc à songerie
et plusieurs flèches au pluriel.

Prends un grand ciel assez mouillé
pour que les couleurs y sourient
dans la lumière un peu brouillée.

Violet

Avec une plume de merlette
ou des moustaches de souris
dilue dans l'eau quatre violettes.

Indigo

Le plus joli des indigos
s'obtient à partir d'un chat persan
qui sourit et fait le gros dos.

Bleu

Le  bleu c'est les yeux d'une blonde
dont la pupille bleue varie
quand le soleil dans sa ronde.

Vert

L'herbe et le trèfle à quatre feuilles
donnent un vert du plus beau vert
qu'on mélange à du chèvrefeuille.

Jaune

Pour le jaune un petit garçon
couleur de taches de rousseur
de maïs ou de hérisson.

Orange

Pour faire un orangé orange
attrappe un grand éclat de rire
avec une plume de mésange.

Rouge

Le rouge-gorge couleur de forge
te prêtera son gentil feu
pour le rouge qui brûle et bouge.

Quand tes couleurs 
sont enfin prêtes
tu peux attaquer
l'arc-en-ciel
déjà dessiné
dans ta tête

Tu vises la ligne d'horizon
La flèche trace un arc-en-cercle
corolle aux couleurs de blason

Quand l'arc-en-ciel est terminé
tu te déchausses et les pieds nus
tu commences la traversée

Monte droit dans le ciel ouvert
Quelqu'un s'avancera vers toi
comme dans un miroir à l'envers
un autre marche qui est toi.

Claude Roy , Enfantasques

 

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jeudi 18 mai

LE TORRENT A SAINT PALAIS

    

Je vis un fier torrent, dont les flots écumeux

Je vis un fier torrent, dont les flots écumeux
Rongeaient les fondements d'une vieille ruine :
Je le vis tout couvert d'une obscure bruine,
Qui s'élevait par l'air en tourbillons fumeux :

Dont se formait un corps à sept chefs merveilleux,
Qui villes et châteaux couvait sous sa poitrine,
Et semblait dévorer d'une égale rapine
Les plus doux animaux et les plus orgueilleux.

J'étais émerveillé de voir ce monstre énorme
Changer en cent façons son effroyable forme,
Lorsque je vis sortir d'un antre scythien

Ce vent impétueux, qui souffle la froidure,
Dissiper ces nuaux, et en si peu que rien
S'évanouir par l'air cette horrible figure.

Joachim DU BELLAY   (1522-1560)

 

 

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mardi 16 mai

LE PARC ECOLOGIQUE IZADIA - 3 -

Le lac

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur, 
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

 

Alphonse de LAMARTINE

 

 

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dimanche 14 mai

LE PARC ECOLOGIQUE IZADIA - 2

Dans le parc ...

Dans le parc aux lointains voilés de brume, sous
Les grands arbres d’où tombe avec un bruit très doux
L’adieu des feuilles d’or parmi la solitude,
Sous le ciel pâlissant comme de lassitude,
Nous irons, si tu veux, jusqu’au soir, à pas lents,
Bercer l’été qui meurt dans nos coeurs indolents.
Nous marcherons parmi les muettes allées ;
Et cet amer parfum qu’ont les herbes foulées,
Et ce silence, et ce grand charme langoureux
Que verse en nous l’automne exquis et douloureux
Et qui sort des jardins, des bois, des eaux, des arbres
Et des parterres nus où grelottent les marbres,
Baignera doucement notre âme tout un jour,
Comme un mouchoir ancien qui sent encor l’amour.

 

Albert SAMAIN

 

 

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jeudi 11 mai

LE PARC ECOLOGIQUE IZADIA

 Magie de la nature

 

Sonnet.



Béant, je regardais du seuil d'une chaumière 
De grands sites muets, mobiles et changeants, 
Qui, sous de frais glacis d'ambre, d'or et d'argent, 
Vivaient un infini d'espace et de lumière.

C'étaient des fleuves blancs, des montagnes mystiques, 
Des rocs pâmés de gloire et de solennité, 
Des chaos engendrant de leur obscurité 
Des éblouissements de forêts élastiques.

Je contemplais, noyé d'extase, oubliant tout, 
Lorsqu'ainsi qu'une rose énorme, tout à coup, 
La Lune, y surgissant, fleurit ces paysages.

Un tel charme à ce point m'avait donc captivé 
Que j'avais bu des yeux, comme un aspect rêvé, 
La simple vision du ciel et des nuages !

Maurice Rollinat.

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samedi 15 avril

BONNE FËTE DE PÂQUES

RENOUVEAU

Mon coeur est en fête aujourd’hui,
Finis la neige, le froid et la pluie,
Grâce au Printemps, nous sommes prêts à y croire,
Quand la nature apporte son message d’espoir,
Et la joie fleurit dans mon coeur,
Souhaitant à tous des moments de bonheur ,
Profitons de cette période de paix,
Pour s’envoyer de jolies pensées,
Joyeuses Pâques !

 

 

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jeudi 13 avril

LA RIVIERE

 La petite rivière

 

La petite rivière, bleue
Si peu que le ciel ait d'azur,
D'ici fait encore une lieue,
Puis verse au fleuve son flot pur.

Plus grande, elle serait moins douce,
Elle n'aurait pas la lenteur
Qui dans les herbes mène et pousse
Son cours délicat et chanteur.

Elle n'aurait pas de prairies
Plus vertes si près de la main,
Non plus que ces berges fleuries
Où marque à peine le chemin.

Ni le silence si paisible,
Ni parmi les plantes des eaux
L'étroit chenal presque invisible
Entre les joncs et les roseaux.

Et le moulin qui sort des branches
N'aurait pas à bruire ailleurs
Plus d'eau dans ses palettes blanches,
Ni plus de mousses et de fleurs.

La petite rivière est gaie
Ou mélancolique, suivant
Qu'un oiseau chante dans la haie
Ou qu'il pleut et qu'il fait du vent.

Selon l'heure, joyeuse ou triste,
Couleur du soir ou du matin,
Comme une charmeuse elle insiste,
Lorsque l'œil la perd au lointain,

Derrière le saule incolore
Ou le vert des grands peupliers,
A montrer une fois encore
Ses caprices inoubliés.

Albert Mérat.

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mardi 11 avril

FLEURS DE POMMIER

 Les fleurs de pommiers

Recueil : Le Parnasse contemporain, III (1876).

Les champs sont comme des damiers
Teintés partout du blé qui lève.
Avril a mis sur les pommiers
Sa broderie exquise et brève.

Avant que les soleils brutaux
Aient fait jaunir l'herbe et la branche,
C'est la gloire de nos coteaux
D'avoir cette couronne blanche.

Malgré les feuillages légers,
Les jardins sont tout nus encore,
Mais les fleurs couvrent les vergers
Qui rayonnent comme une aurore.

La campagne gaie est vraiment
Belle et divinement coiffée ;
Les pommiers ont un air charmant
Avec leur tête ébouriffée.

Une étoile blanche est leur fleur
Qu'Avril peut brûler d'une haleine.
Le Chinois en peint la pâleur
Sur les tasses de porcelaine.

Elle n'a pas d'odeur ; elle est
Délicate, charnue et grasse ;
Blanche et mate comme le lait,
Aussi légère que la grâce.

Elle semble s'enorgueillir
Du fragile trésor du germe.
Il faut la voir sans la cueillir
A cause du fruit qu'elle enferme.

Cependant sur le front aimé
Qui s'éclaire de l'embellie,
Pas une seule fleur de mai
N'est, à vrai dire, aussi jolie.

J'ai là, tout au fond de mon cœur
Un souvenir de matinée :
Des fleurs prises d'un doigt moqueur...
Mais je ne sais plus quelle année !

Albert Mérat.



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dimanche 09 avril

PETITES FLEURS

Titre : Des fleurs fines

 

Des fleurs fines et mousseuses comme l'écume 
Poussaient au bord de nos chemins 
Le vent tombait et l'air semblait frôler tes mains 
Et tes cheveux avec des plumes.

L'ombre était bienveillante à nos pas réunis 
En leur marche, sous le feuillage ; 
Une chanson d'enfant nous venait d'un village 
Et remplissait tout l'infini.

Nos étangs s'étalaient dans leur splendeur d'automne 
Sous la garde des longs roseaux 
Et le beau front des bois reflétait dans les eaux 
Sa haute et flexible couronne.

Et tous les deux, sachant que nos coeurs formulaient 
Ensemble une même pensée, 
Nous songions que c'était notre vie apaisée 
Que ce beau soir nous dévoilait.

Une suprême fois, tu vis le ciel en fête 
Se parer et nous dire adieu ; 
Et longtemps et longtemps tu lui donnas tes yeux 
Pleins jusqu'aux bords de tendresses muettes.

Émile Verhaeren.



 

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