Titre : À une fleur

Poète : Alfred de Musset (1810-1857)

Recueil : Poésies nouvelles (1850).

Que me veux-tu, chère fleurette, 
Aimable et charmant souvenir ? 
Demi-morte et demi-coquette, 
Jusqu'à moi qui te fait venir ?

Sous ce cachet enveloppée, 
Tu viens de faire un long chemin. 
Qu'as-tu vu ? que t'a dit la main 
Qui sur le buisson t'a coupée ?

N'es-tu qu'une herbe desséchée 
Qui vient achever de mourir ? 
Ou ton sein, prêt à refleurir, 
Renferme-t-il une pensée ?

Ta fleur, hélas ! a la blancheur 
De la désolante innocence ; 
Mais de la craintive espérance 
Ta feuille porte la couleur.

As-tu pour moi quelque message ? 
Tu peux parler, je suis discret. 
Ta verdure est-elle un secret ? 
Ton parfum est-il un langage ?

S'il en est ainsi, parle bas, 
Mystérieuse messagère ; 
S'il n'en est rien, ne réponds pas ; 
Dors sur mon coeur, fraîche et légère.

Je connais trop bien cette main, 
Pleine de grâce et de caprice, 
Qui d'un brin de fil souple et fin 
A noué ton pâle calice.

Cette main-là, petite fleur, 
Ni Phidias ni Praxitèle 
N'en auraient pu trouver la soeur 
Qu'en prenant Vénus pour modèle.

Elle est blanche, elle est douce et belle, 
Franche, dit-on, et plus encor ; 
A qui saurait s'emparer d'elle 
Elle peut ouvrir un trésor.

Mais elle est sage, elle est sévère ; 
Quelque mal pourrait m'arriver. 
Fleurette, craignons sa colère. 
Ne dis rien, laisse-moi rêver.

Alfred de Musset.

07062018-IMG_3816

07062018-IMG_3818

08062018-IMG_3824

08062018-IMG_3826

 

08062018-IMG_3828

08062018-IMG_3829

08062018-IMG_3830

08062018-IMG_3831