Une tempête

 

 

Une tempête 
Approchait, et je vis, en relevant la tête, 
Un grand nuage obscur posé sur l'horizon ; 
Aucun tonnerre encor ne grondait ; le gazon 
Frissonnait près de moi ; les branches tremblaient toutes, 
Et des passants lointains se hâtaient sur les routes. 
Cependant le nuage au flanc vitreux et roux 
Grandissait, comme un mont qui marcherait vers nous. 
On voyait dans des prés s'effarer les cavales, 
Et les troupeaux bêlants fuyaient. Par intervalles, 
Terreur des bois profonds, des champs silencieux, 
Emplissant tout à coup tout un côté des cieux, 
Une lueur sinistre, effrayante, inconnue ; 
D'un sourd reflet de cuivre illuminait la nue, 
Et passait, comme si, sous le souffle de Dieu, 
De grands poissons de flamme aux écailles de feu, 
Vastes formes dans l'ombre au hasard remuées, 
En ce sombre océan de brume et de nuées 
Nageaient, et dans les flots du lourd nuage noir 
Se laissaient par instants vaguement entrevoir !

Victor Hugo.

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