Les feuilles d'automne

 

Quand le livre où s'endort chaque soir ma pensée, 
Quand l'air de la maison, les soucis du foyer, 
Quand le bourdonnement de la ville insensée 
Où toujours on entend quelque chose crier, 

Quand tous ces mille soins de misère ou de fête 
Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné, 
Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête, 
Le regard de mon âme à la terre tourné ; 

Elle s'échappe enfin, va, marche, et dans la plaine 
Prend le même sentier qu'elle prendra demain, 
Qui l'égare au hasard et toujours la ramène, 
Comme un coursier prudent qui connaît le chemin. 

Elle court aux forêts où dans l'ombre indécise 
Flottent tant de rayons, de murmures, de voix, 
Trouve la rêverie au premier arbre assise, 
Et toutes deux s'en vont ensemble dans les bois ! 

 

Victor Hugo 
Quand le livre

 

 

 

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