La pauvre fleur

Poète : Victor Hugo (1802-1885)

Recueil : Les chants du crépuscule (1836).

La pauvre fleur disait au papillon céleste 
— Ne fuis pas ! 
Vois comme nos destins sont différents. Je reste, 
Tu t'en vas !

Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes 
Et loin d'eux, 
Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous sommes 
Fleurs tous deux !

Mais, hélas ! l'air t'emporte et la terre m'enchaîne. 
Sort cruel ! 
Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine 
Dans le ciel !

Mais non, tu vas trop loin ! — Parmi des fleurs sans nombre 
Vous fuyez, 
Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre 
À mes pieds !

Tu fuis, puis tu reviens, puis tu t'en vas encore 
Luire ailleurs. 
Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore 
Toute en pleurs !

Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles, 
Ô mon roi, 
Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes 
Comme à toi !

Victor Hugo.

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